Trois classes de 10VP ont participé à un concours interne d’écriture de nouvelles fantastiques. Voici la nouvelle qui a remporté le premier prix. Bravo à Noé N. et Julien A (10VP12).

 Le Manoir de Termyse

Par un après-midi ensoleillé je sortis de mon hôtel, l’Hôtel Dubonsoir. J’étais invité à l’anniversaire d’un ami à moi, Gilbert Dupont. Je n’étais encore jamais allé là où il m’invitait, car il avait déménagé il y a peu. Un léger vent soufflait à l’extérieur apportant une fraîcheur quelque peu désagréable. Arrivé dans la rue, j’appelai un taxi privé de l’hôtel et lui demandai de m’emmener au Manoir de Termyse, là où habitait mon ami. À la suite du décès de ses parents, morts dans un crash d’avion le mois précédent, Gilbert avait hérité de ce manoir. Arrivé à destination, je sortis de la voiture et avançai dans l’allée qui menait à la porte. Un détail me frappa, c’était un minotaure stylisé et dessiné en couleur or qui apparaissait sur la porte. Devant se trouvait un domestique à l’air souriant, presque trop, qui me fit entrer. Je cherchai d’abord Gilbert, afin de lui signaler ma présence. Une fois devant lui je le remerciai de m’avoir invité et lui présentai toutes mes condoléances pour ses parents. Il me répondit qu’il n’avait jamais eu de vrais liens avec eux, et que finalement ça ne le dérangeait pas tant que ça. Après quelques échanges de banalités sur la vie, je me dirigeai vers le buffet où était disposée une multitude de plats et de boissons. Je me servis d’une coupe de vin et d’un petit toast. Une estrade en coin de salle attirait une vingtaine d’invités qui riaient en observant un musicien et un clown en pleine représentation. Je me dirigeai mois aussi vers le spectacle, et en y allant, je remarquai une étrange horloge couleur or, suspendue au mur. Avec un tic-tac régulier et ses longues aiguilles noires, elle affichait 18h30. Les aiguilles titillèrent mon regard, car en regardant de plus près, je m’aperçus qu’elles n’étaient pas faites d’un noir ordinaire, mais d’un noir profond et aspirant. Troublé par cette vue, je repartis en direction de la scène.

Le spectacle terminé, et après avoir vidé une autre coupe, je choisis de rejoindre un groupe qui discutait à côté du buffet. Ceci m‘arrangeait bien, car mon gosier réclamait à boire. Les personnes que j’avais rejointes discutaient des derniers investissements à faire en immobiliers, ce qui ne m’intéressait guère, je repartis donc chercher une autre source de divertissement. C’est à ce moment que Gilbert vint vers moi, une bouteille à la main. Il me tendit un verre et me servit, en me racontant comment il avait obtenu cet alcool. Il la tenait de la magnifique cave à vin du Manoir. Il me dit que c’était de l’absinthe. Je n’aurais sûrement pas dû accepter ce verre, mais je m’étais dit que c’était la fête et qu’il fallait en profiter. Après cette rasade, ayant une envie pressante, je m’excusais et partis aux cabinets.

En revenant, je revis l’horloge teinte or, qui indiquait 19h12. Voyant que j’observais cette horloge d’un air intrigué, Gilbert s’était approché de moi. Il m’expliqua qu’elle avait appartenu à ses riches grands-parents, qu’ils ne l’avaient fait construire qu’avec de l’or et du platine. Il me dit aussi que depuis plus de 70 ans, jamais elle ne s’était arrêtée. Son concepteur avait nommé l’horloge : Acusaurum, pour “aiguille” et “or” en latin. Je restais encore un moment à l’observer, tant je la trouvais hypnotisante. Puis, je me redirigeais vers le buffet et me servis une coupe de vin blanc. Après un rapide passage à regarder le spectacle qui continuait en coin de salle, je voulus poser d’autres questions à propos de l’étrange horloge à Gilbert, tant elle m’avait fascinée. Malheureusement je ne le trouvais pas. Je décidais donc de me balader dans le manoir à sa recherche.

Après de longues minutes à marcher dans les couloirs en cherchant une porte qui ne serait pas fermée, j’en trouvais enfin une. Elle n’était faite qu’avec du bois et des décorations couleur or la striaient, comme les dizaines d’autres que j’avais passée jusqu’ici. La pièce qui se trouvait de l’autre côté était plutôt petite et comprenait un lit, un bureau, un tabouret et deux armoires de rangement. Sûrement une chambre de bonne. Aucune autre porte ne se présentait dans cette pièce. Poussé par la curiosité, je fouillais dans les armoires et dénichais des vêtements ainsi que des objets du quotidien. Cependant, je trouvais dans un des tiroirs du bureau, entre diverses fournitures, une clé. Elle était en or, faisait une dizaine de centimètres et elle était légère, beaucoup trop pour une clé faite d’or. Je décidais de la prendre, au cas où j’en aurai besoin. Je ressortis et continuai mon exploration.

Je traversais un petit couloir qui menait vers une porte qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à la dernière que j’avais ouverte. La porte s’ouvrit dès que je fus devant. Je me dis que ce devait être Gilbert qui me faisait une farce et donc j’entrais. La pièce baignait dans une pâle lueur blanchâtre, produite par une lampe au plafond. Dès que je fus rentré, la porte se referma avec un claquement si brusque qu’il me fit sursauter. Je me retournai pour voir si c’était Gilbert qui m’avait fait cette blague de mauvais goût, mais il n’y avait personne ici. À la place je la vis, l’horloge, l’Acusaurum, elle était là, devant moi. Je m’approchai, elle indiquait 19h39. Je fus dérangé, car elle aussi ressemblait exactement à celle qui se trouvait dans la salle de fête. Ce fut à se demander si ce n’était pas la même. Mais qui l’aurait mise là ? Gilbert ? Non impossible, il n’y avait aucune autre porte dans la pièce, je l’aurais forcément aperçu. À pars la troublante horloge et la lampe, la salle était vide. Je repartis donc, fatigué par toutes ces bizarreries. Voulant retourner à mon point de départ pour ensuite rentrer chez moi car j’étais fatigué, je fis le même chemin mais dans l’autre sens. Je longeai les mêmes couloirs, avec les mêmes portes, mais n’arrivai pas là où je le voulais. Je me dis que je m’étais sûrement trompé de chemin, refis plusieurs fois le trajet, visita les salles ouvertes une-à-une, mais ne trouvai pas la salle de fête. La fatigue commença sérieusement à me gagner, alors je décidai de me reposer dans la première chambre à coucher que je trouvai. Je fis le tour de quelques pièces, et enfin je dénichai une chambre contenant un lit. L’Acusaurum était encore là, accrochée au mur, et toujours ressemblante aux deux précédentes. Elle indiquait cette fois 19h57.  Toutefois, je n’y prêtai guère attention, tant j’étais épuisé. Une fois déchaussé, et après avoir retiré ma veste, je m’allongeai et m’assoupis.

A mon réveil, je remarquai que la salle avait complètement changé. Le lit avait des draps différents et, alors que j’eus l’impression de dormir plusieurs heures, je revis la même horloge dorée, qui indiquait 20h12. Je ne savais pas si ce que je vivais était vrai ou si j’étais encore endormi, en train de rêver. En me levant, je retrouvai mes sensations et compris que ce qui se passait était bien réel, car aucun rêve ne peut imiter aussi parfaitement la réalité. Un instant, je faillis me prendre pour un fou, mais je me ressaisis et me dit que j’avais sûrement été changé de place durant mon sommeil. Je décidai donc de sortir de la pièce. Au dehors, ce n’était plus le même couloir qu’avant, mais si on m’avait déplacé, c’était normal. Je déambulais un moment dans les corridors, en essayant de retrouver mon chemin, mais après une vingtaine de minutes rythmées par le tic-tac devenu oppressant des nombreuses Acusaurums, je m’arrêtais un instant pour réfléchir un peu. J’essayai de définir si c’était une grande blague organisée par Gilbert, si le manoir était hanté ou si c’était simplement un effet de la boisson (j’en avais clairement abusé). J’éliminais la première option, Gilbert détestait les farces, ça le faisait extrêmement stresser et en plus il n’était pas du genre à embêter ses amis. Je me dis que c’était sûrement l’alcool, et que les effets dissipés, je retrouverai mon sens de l’orientation et réussirai facilement à sortir du manoir. Je repartis un peu plus serein, ne m’attendant pas à dénicher la sortie avant au moins une petite demi-heure.

Une horloge indiquait 23h28. Je commençais à douter. Le manoir était-il réellement hanté ? Je ne savais le dire. Un humain, tel que moi, doué d’une intelligence supérieure, ne pouvait avoir de telles hallucinations. Non, cela ne pouvait être réel, et pourtant, ce soir, je vécus des choses que je n’avais jamais vues. Mais était-ce encore l’alcool, ou peut-être, avec de la chance, ce n’était qu’un cauchemar et je me réveillerai là, maintenant dans mon lit chez moi, bien au chaud avant que cette maudite fête ne commence. Je n’en savais plus rien, puis, ma tête se mit à tourner et je m’écroulai abattu et perdu. J’en avais juste marre de marcher, continuer à avancer…

Quand je me relevai, une dizaine de minutes plus tard, j’avais pris ma décision, je mettrais fin à mes jours ici dans ce foutu manoir. Alors, je marchai de salle en salle, en quête d’une chose qui pourrait me permettre de quitter cet enfer. Deux fois, j’entrais dans des cuisines mais jamais je n’eus le courage de me poignarder. Je cherchai une manière pas trop dure de mourir. Des médicaments. Une quantité phénoménale. J’avais trouvé le moyen qui me convenait. Je me baladais à la recherche d’une salle de bain. J’en trouvais enfin une. Dans le tiroir je trouvais du Lexomil. Je pris autant de cachets que ma bouche pouvait en supporter. J’avalai tout en bavant tant il y en avait. Je me relevai, me rendant compte que je ne voulais pas mourir, mais c’était trop tard, l’acte était fait. Je sortis de la pièce en chancelant, avant de m’écrouler par terre. En relevant ma tête je vis une porte différente de toutes celles que j’avais vues. Elle était grande et décorée d’un minotaure en or. Alors, avec un effort qui me parut surhumain, je me relevais et m’approchait d’elle. Elle était fermée. Je perdis l’équilibre et m’affalais sur un mur. Une Acusaurum ornait le mur sur lequel je m’appuyais. Je la fis tomber en même temps que mon corps se dérobait. À terre, un détail attira mon regard, sous l’horloge une fente apparaissait. Mon instinct me dit d’y mettre la clé que j’avais gardée jusqu’à présent. Je l’enfonçais. Elle rentrait parfaitement. Je la tournais dans un “clic”. La porte s’ouvrit dans le même bruit. Puis, je perdis connaissance.

FIN