Émile Zola est un écrivain fascinant. Lorsqu’il commençait un roman, il partait carnet de note à la main enquêter, il cherchait les mots qui pourraient exprimer le mieux le lieu, les personnages de son histoire. Mes élèves de 11ème ont reçu un dossier pour “écrire comme Zola” qui devait les conduire sur le chemin de l’enquête. Pauline s’est installée à l’Intemporel Café, a pris plus de notes que le dossier ne pouvait en contenir et a rédigé le texte qui vous est ici partagé. 

Nicolas Guex, enseignant de français 11H

(…) Alia entra dans le bistroquet de la rue du Lac appelé  » l’Intemporel Café ». Ah ! Enfin arrivée ! Elle monta les longs escaliers pour enfin atteindre ce lieu qui lui était si cher. 

Sur la droite, il y avait le bar et la cuisinière. Des étagères de rangement longeaient les murs, des verres et quelques chopes de bière étaient exposés dessus. Il y avait aussi, sur le mur se trouvant derrière elle, une ancienne horloge en bois, à pendule, qui indiquait toujours trois minutes d’avance.

Alia alla s’asseoir à une table en bois, au pied de fer forgé. La chaise sur laquelle elle s’était assise était fortement agréable. Comme toutes les autres chaises du café, elle était en bois, sûrement de chêne, dotée d’un dossier en rotin, ou sur quelques-unes, un coussin de velours, autant sur le dossier que sur l’assise de la chaise. Elle prit le menu et le reposa pour commander un chocolat chaud. Cet endroit était vraiment comme un refuge pour elle. Elle pouvait s’y reposer, rêvasser quand tout allait mal à la maison. Elle aimait beaucoup observer les quatre coins de ce café-restaurant qu’elle appréciait tant.

À force d’y venir à longueur de journée, elle le connaissait comme sa poche. Mais elle aimait toujours autant observer chaque petit détail. Comme par exemple, les fenêtres qui donnaient sur la rue du Lac animée, dotées de six carreaux, ayant l’ouverture difficile à cause des vieilles crémones, du 18ème siècle déjà. Ou encore ce magnifique plafond, rempli de mosaïques de verre, vaste et lumineux. Il était orné de fleurs, de décorations et de reliefs, comme s’il n’allait jamais se terminer.

Il y avait aussi ces haut-parleurs, placés dans chaque coin du plafond, répandant leur musique calme, d’une douceur absolue. Tout autour d’Alia, il y avait aussi bien entendu, d’autres personnes profitant de ce café. Les clients regardaient la carte du menu avec enjouement, se demandant que commander, ici, bien installés confortablement dans ces vieux canapés en cuir abîmés. Ou encore de vieilles personnes amoureuses passant du bon temps ensemble, se rappelant leur jeunesse.

Le chocolat chaud fumant d’Alia arriva enfin. Elle en prit une gorgée, ce qui lui illumina les papilles. Cette odeur de chocolat chaud ! Miam ! 

Puis, elle continua à se perdre dans ses pensées et à observer son entourage. Il y avait ce rideau en velours, d’un vert canard très prononcé, qui séparait le café de la réserve. Cela l’intriguait toujours, car elle aurait bien aimé passer de l’autre côté pour découvrir le monde de la restauration. Au fond de la pièce, dans un des coins, il y avait un magnifique piano droit, d’un blanc éblouissant, sur lequel une vieille dame était en train de jouer. À côté de cet instrument se trouvait une grande strelitzia nicolai. C’était une très grande plante verte sur laquelle elle s’était renseignée. Mais il y avait aussi ce cadre, au-dessus du piano. Ce portrait était celui des premiers propriétaires du café. 

Ce cadre était vieux comme d’anciennes toiles, terni par le temps, poussiéreux comme un ancien fauteuil, ayant perdu tout son éclat. Sur cette photo se trouvaient trois personnes, une mère, son mari et leur fille bien-aimée, portant un petit chien dans ses bras.

Ce cadre devenait une source de problèmes pour Alia, il lui rappelait trop de souvenirs, autant de bons moments maintenant révolus, que de très malheureux moments qui continuaient sans cesse. Ce cadre lui plantait un couteau dans le dos à chaque fois qu’elle l’observait, et comme si cela ne suffisait pas, le remuait sans cesse. Elle eut l’impression que du sang en découlait, lui provoquant un frisson glaçant et effrayant.

Le sourire éclatant de l’homme moustachu du portrait lui rappelait celui de son père et le fait qu’elle ne l’avait plus vu sourire ainsi depuis de longues années maintenant. La mère de la photo, lui rappelait sa mère à elle, ses cheveux, d’une longueur raisonnable, d’un châtain éclatant, et ses yeux, d’un bleu d’océan, maintenant ridés et ternis par la tristesse et la fatigue qu’elle devait endurer. 

Le bois de chêne qui ornait la photographie, lui faisait penser au bois de la porte d’entrée de sa maison. Elle se souvenait donc des soirées d’été, où son père frappait sans arrêt sa mère jusqu’à lui coincer des membres dans cette porte. Mais que fallait-il faire ? Avaient-ils vu que cela la rendait malheureuse ?

Le cadre était pour elle, comme un coucher de soleil touchant à sa fin, laissant apparaitre la nuit, noire, sombre et hostile. 

Mais le pire selon Alia, était le chien. Elle aussi avait eu un chien. Les disputes devenaient de plus en plus nombreuses et de plus en plus fortes entre sa mère et son père. Et son chien, qui se nommait « Kiki », aboyait sans cesse pour essayer de prévenir les voisins. Cela énervait son père et un jour, il l’avait étranglé de ses propres mains. 

Ce cadre, violent et furieux, essayait aussi de la décourager, il la dissuadait d’avoir de l’espoir. Mais Alia ne voulait pas l’écouter. Malgré toute cette tristesse enfouie en elle depuis des années maintenant, elle arrivait à voir la lumière au bout du tunnel, à en voir le positif. Que tout s’arrangerait un jour, que la vie était un cadeau, qu’il fallait en profiter jusqu’à la dernière seconde. (…)

Rédigé par Pauline Blanchard, 11VP11