Auteur : Patrick L. 

Aujourd’hui peut-on vraiment dire que la presse est libre de tout écrire ? De plus en plus de titres de presses version papier, de médias digitaux et de canaux audiovisuels se font racheter, déposent le bilan, procèdent à des restructurations, ou des lois et des chartes restreignent les informations publiables. 

Depuis trois ans, Rodolphe Saadé, avec son groupe, bouleverse en profondeur le paysage médiatique français en rachetant des médias à tour de bras avec une filiale crée en 2021 CGA Media. Deux autres exemples :  Bouygues et Bolloré ont également défrayé la chronique. 

Du côté de la Suisse 

Sur le plan fédéral, la Suisse reste l’un des pays où la liberté de la presse est fortement protégée : selon Reporters sans frontières (RSF), elle occupe une place « plutôt bonne ». Cependant, ce bon classement cache des tensions régulières : en 2025, RSF met en avant que la fragilisation économique des médias devienne l’une des menaces centrales à cette liberté.

Source photo : 24heures.ch

Cette fragilité économique est particulièrement préoccupante : des médias dépendent fortement des subventions ou de revenus limités, ce qui peut limiter leur indépendance. Par ailleurs, sur le plan légal, certains textes posent un problème : par exemple, l’article 47 de la loi sur les banques suisses punit sévèrement les journalistes qui publient les données bancaires confidentielles, quand même elles relèvent de l’intérêt public.  

On note aussi des critiques autour de l’utilisation des « mesures superprovisionnelles », qui permettent à des personnes ou entreprises de retarder des publications journalistiques en justice.

Le cas vaudois : quand la liberté de la presse vacille sur le terrain local 

  1. Pressions locales et chartes médiatiques 
    Récemment, la « Grève du climat Vaud » a fait polémique : pour assister à une conférence de presse, certains médias ont dû signer une « charte médias » qui imposait des conditions sur la manière de couvrir l’événement. Cette démarche a été dénoncée par Impressum (Association suisse de journalistes) et RSF comme une atteinte à la liberté de la presse.  
  1. Fragilité économique des médias vaudois 
    La section vaudoise d’Impressum pointe des difficultés financières lourdes pour les médias régionaux. Par exemple, la hausse des tarifs postaux pèse fortement sur les journaux imprimés de proximité (ce qui a mené à la fin du journal papier “la Région”). Ce sont souvent ces mêmes médias régionaux qui garantissent la couverture des enjeux politiques locaux, du débat démocratique et de la transparence.  De plus, des suppressions de postes dans des rédactions romandes (notamment dans le groupe Media One qui possède Lfm Radio Lac, One et Rouge FM) rendent la situation encore plus fragile.
Source photo : letemps.ch 
  1. Accréditation des journalistes auprès de la justice vaudoise 
    Sur un plan plus institutionnel, l’État du canton de Vaud a mis en place un système d’accréditation des journalistes pour suivre les affaires judiciaires. Même si cette procédure peut sembler normale, elle pose des questions : Jusqu’où l’accès est-il garanti ? Quel est le rapport de force entre la transparence judiciaire et la protection des personnes impliquées ?

Les risques pour la démocratie locale et l’intérêt public 

Pourquoi tout cela importe-t-il ? Parce que la liberté de la presse n’est pas seulement une question abstraite : elle est au cœur du fonctionnement démocratique. Dans le canton de Vaud, comme ailleurs, la presse joue plusieurs rôles cruciaux : 

  • Surveillance du pouvoir : les médias locaux permettent de suivre les décisions du Conseil d’État, du Grand Conseil ou des communes. Si les moyens financiers ou légaux des médias diminuent, le contrôle citoyen peut s’affaiblir. 
  • Espace de débat : la diversité des médias régionaux favorise la pluralité d’opinions, essentielle dans une démocratie pluraliste. 
  • Information des citoyens : dans des cantons comme Vaud, où certaines régions sont plus rurales, les médias locaux sont souvent le point de contact principal entre la population et les institutions. 

Conclusion : liberté en tension 

Alors, peut-on encore parler de liberté de la presse en Suisse et dans le canton de Vaud ? Oui, mais avec des réserves importantes. 
Sur le plan national, les garanties légales existent et le pays reste relativement bien classé. Mais l’instabilité économique des médias, les pressions judiciaires et certaines législations limitatives (comme la loi bancaire) menacent cette liberté de l’intérieur. Et à l’échelle vaudoise, des pratiques locales (comme la charte imposée par la Grève du climat) ou la disparition progressive de médias régionaux constituent des signaux d’alarme. 

Pour que la liberté de la presse continue d’être réelle et non seulement formelle, il est urgent de soutenir les médias indépendants, de renforcer leur viabilité économique et de garantir un cadre légal qui protège vraiment les journalistes y compris face aux intérêts puissants, financiers ou politiques. 

Fragilisation économique des médias 

  • Le rapport 2025 de Reporters sans frontières Suisse souligne que la fragilisation économique des médias est une menace majeure pour la liberté de la presse.  
  • Dans ce contexte, les médias vaudois (et suisses en général) qui subissent des pertes d’emploi, des réductions de moyens ou des fermetures risquent de moins bien jouer leur rôle de contre-pouvoir.