Auteure : Eléonore Q.

Tout d’abord, c’est quoi ?

Le trafic illégal d’espèces sauvages est l’un des plus gros commerces illégaux, avec la drogue et les armes. Il consiste à tuer des animaux (sauvages ou non) ou à cueillir des plantes souvent protégé(e)s, pour leur peau, leurs défenses, leur plumage, leur viande (aussi appelé viande de brousse), leurs graines, … Ou alors à les vendre au marché de la NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie). Tout cela s’achète à prix d’or au marché noir et cela n’arrête pas d’augmenter. 

Qui ? 

Voici les différents rôles des trafiquants, du braconnage à l’achat :  

  1. Les braconniers sont des chasseurs qui tuent ou capturent des animaux pour les vendre à des trafiquants. Certains connaissent les risquent du métier (amendes, prison pour parfois vingt ans, …). Mais beaucoup s’en fichent du moment que cela leur rapporte de l’argent. C’est dans cette catégorie que ces bandits sont le plus nombreux.  
  2. Les trafiquants (aussi appelés “mules”) achètent les “trouvailles” des braconniers et les transportent illégalement. Ils les cachent dans de multiples cachettes pour éviter que la douane les arrête. Par exemple, en 2024, l’un d’eux a tenté de faire passer plus de 320 mygales à l’aéroport de Lima au Pérou, cachées dans de petits sachets dans sa chemise ! Si les voleurs réussissent à passer les contrôles, ils vendent leurs marchandises aux revendeurs. 
  3. Enfin, les revendeurs revendent les articles aux acheteurs. Ces clients peuvent être innocents ou non, des collectionneurs sans scrupules ou de simples touristes imprudents. Il est difficile de savoir la véritable identité des coupables, mais les suspect(e)s sont grandement surveillé(e)s. Les acheteurs ont des risques d’amendes, ou même de prison.

Pourquoi et quelles espèces ?

  1. Pour une partie spécifique de leur corps 

Les rangers (les surveillants des réserves naturelles) trouvent souvent des rhinocéros ou des éléphants morts, dépouillés de leur corne ou de leurs défenses. Car les braconniers laissent très souvent le cadavre de leur proie, parce qu’il n’y a qu’une seule partie du corps qui les intéresse. L’ivoire de pachyderme et la corne de rhinocéros se vendent à prix d’or au marché noir… Mais pas le reste ! Cela met alors aussi d’autres espèces sauvages en danger. Le bénitier géant, par exemple, en fait partie, car sa coquille une fois sculptée, ressemble à de l’ivoire. C’est une véritable catastrophe car le repeuplement de l’espèce avait de bon résultat, et la voilà de nouveau en danger d’extinction ! Si les chasseurs s’attaquent à des coquillages, c’est qu’ils se rendent compte que les mesures de sécurité pour les éléphants ont été très renforcées. Les chasser est devenu un gros risque, alors ils s’en prennent à des proies plus faciles.

 Éléphant d’Afrique
Bénitier géant

Les animaux sont aussi massacrés pour leur viande, pour qu’elle soit consommée comme nourriture et pour d’autres parties de leur corps dont certaines personnes attribuent des vertus curatives.

  • Comme animaux de compagnie

Beaucoup d’animaux sont victimes du marché de la NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie). La plupart des NAC sont issus du commerce légal et viennent d’élevages, mais il y a de nombreuses personnes qui se procurent des animaux rares en passant par le trafic d’animaux sauvages. Ce sont souvent des petits emportés après avoir tué les parents, comme les primates, les servals, les caracals, … Toutes sortes d’espèces d’animaux sont concernées :  tortues, mygales, perroquets, grenouilles, insectes, poissons, … Certaines plantes rares sont aussi braconnées.

Cercopithèque de Roloway

Internet augmente ce trafic. Les réseaux sociaux ont tendance à influencer ce commerce avec des « stars » qui s’affichent avec leurs « animaux sauvages domestiqués » et des followers qui sont prêts à tout pour suivre la mode. Sur Internet, il est facile pour les vendeurs et les acheteurs de se contacter et de trouver des animaux « à vendre ». Les arnaques sont nombreuses, certains vendeurs proposant des animaux domestiques qui sont en fait braconnés, comme les servals qui sont vendus comme des chats « Savannah ».

Serval
 Chat « Savannah »

Où ?

Tous les pays du monde sont concernés, comme lieux de braconnages et comme lieux de vente. Par exemple les éléphants en Afrique, les mygales au Pérou, les pangolins en Asie, les civelles en Europe. Et en Suisse ? Des braconniers capturent des chardonnerets élégants avec de la glue pour les vendre comme oiseaux chanteurs à l’étranger.

Pangolin
Civelles

Les méthodes :

Les méthodes des braconniers sont nombreuses, stratégiques et barbares. Certaines techniques font beaucoup de dégâts et touchent aussi les autres animaux non braconnés : empoisonnement de points d’eaux, pêche à l’explosif, pêche au cyanure, pièges mortels, raids aux fusils dans les réserves, …

Les cadavres des animaux dépecés et abandonnés sur place sont parfois empoisonnés pour que les vautours ne puissent plus alerter les rangers.

Les animaux emportés vivants sont ensuite transportés dans des conditions terribles, pour les dissimuler et passer les frontières. Par exemple les bébés singes sont cachés dans des canettes de bière, des serpents sont scotchés sur le corps ou dans les vêtements des trafiquants, des mygales dans les doubles-fonds des valises, ou dans des sachets de bonbons, …

Conséquences 

En plus de la cruauté envers les animaux victimes de ce trafic, le braconnage fait des dégâts dans les pays où les animaux sont tués ou capturés, par les méthodes de chasse et en perturbant l’écosystème de la région.

Les animaux et les plantes importés menacent la faune et la flore du pays où ils sont vendus, par exemple en attaquant la faune locale (ex : les tortues de Floride qui dévorent les amphibiens des marais d’Europe) ou en augmentant le risque de zoonose (maladie infectieuse atteignant les animaux et pouvant être transmises à l’homme, comme la peste, la rage, les coronavirus, …) 

Cette activité criminelle internationale augmente l’insécurité dans les pays sources. Il y a plus de crimes liés au braconnage et beaucoup de gardes-faunes sont tués chaque année dans les réserves.

Le transport de ces animaux est aussi dangereux. En plus de la peine de prison s’ils se font arrêter, les « mules » peuvent se faire mordre par les animaux venimeux qu’ils transportent.

Il est urgent que cela cesse. Des espèces animales sont braconnées et tuées chaque jour. De plus en plus d’espèces sont menacées d’extinction.

La lutte

Les gouvernements se montrent sévères au niveau de ce trafic. Il y a des collaborations internationales entre les douanes et avec les réserves et les associations. Malgré ces mesures, les douaniers estiment qu’ils n’arrivent à intercepter qu’environ 10 % du trafic d’espèces sauvages.

Nous pouvons aussi agir pour ne pas encourager ce commerce et protéger la biodiversité :

  • Ne pas ramasser des plantes protégées ou des animaux sauvages
  • Bien choisir son animal de compagnie et se renseigner sur sa provenance
  • Ne pas se fier aux attractions touristiques qui maltraitent les animaux (blessés, tenus en laisse, habillés, …)
  • Ne pas consommer des aliments ou des produits issus d’espèces protégées
  • Faire attention à ses achats sur internet et les souvenirs dans les pays visités. Ce n’est pas parce qu’ils sont vendus qu’ils sont légaux, y compris les plantes.

Sources :

  • Cazenove et Bloz, Le Zoo des animaux disparus tome 5 : spécial trafic d’espèce, Cahier réalisé par l’Association Française des Parcs Zoologiques. Bamboo édition, 2024.
  • National Geographic Kids, n°89, janvier 2025, p.2
  • Images d’illustration : libres de droit sur Internet