Auteur : Patrick L.
La fast fashion en Suisse : entre croissance et réactions sociales
La fast fashion : cette mode jetable caractérisée par une production rapide, des prix très bas et des collections renouvelées en permanence n’épargne pas la Suisse. Malgré un marché plutôt petit comparé à ses voisins européens, l’impact de ce modèle sur l’environnement et la société y est de plus en plus visible.
En Suisse, la consommation de vêtements à bas prix continue d’augmenter. Pourtant, parallèlement, le commerce de vêtements d’occasion connaît une forte progression : sur la plateforme Ricardo, plus de 600 000 vêtements et accessoires d’occasion ont été vendus en 2024, soit une hausse de 31 % en deux ans, preuve d’une prise de conscience croissante des consommateurs helvétiques face à la mode jetable.
La Suisse génère chaque année environ 100 000 tonnes de vêtements produits à bas prix et à peine portés, qui finissent souvent incinérés ou exportés vers des pays à faibles revenus. L’ONG demande la création d’un fonds suisse pour la mode durable, financé par une taxe sur les vêtements peu durables, afin d’encourager des pratiques plus responsables.
Des actions symboliques ont également eu lieu, comme le dépôt de cinq tonnes de vêtements usagés sur la Place Fédérale à Berne, pour dénoncer l’impact environnemental et social de la fast fashion et exiger des mesures politiques efficaces.
La fast fashion en France : politiques, législatives et sociales, un beau mélange
En France, la fast fashion est un sujet de débat public intense. L’industrie textile, dopée par l’essor des plateformes en ligne à bas coûts (notamment chinoises comme Shein ou Temu), reste un modèle économique dominant malgré les critiques environnementales. Selon le gouvernement, 7 millions de vêtements neufs sont achetés chaque jour en France, un chiffre qui illustre l’ampleur de la consommation textile dans le pays.
Face à ces constats, une proposition de loi visant à freiner la fast fashion a été examinée au Sénat en 2025. Elle comprend des mesures comme l’obligation d’information sur l’impact environnemental des vêtements, la modulation d’écocontributions selon la durabilité des produits, ou encore la régulation de la publicité pour les articles les plus polluants.
Les organisations de seconde main et les acteurs associatifs soulignent aussi les effets pervers de la fast fashion sur leur modèle : une grande partie des vêtements donnés arrivent déjà abîmés et difficilement revendables, ce qui fragilise des structures comme Emmaüs ou les Ressourceries, alors même que le marché de la seconde main progresse fortement.
Cette tension sociale s’accompagne d’un débat sur l’équilibre entre pouvoir d’achat des consommateurs et responsabilité écologique certains estiment qu’il faut soutenir ceux qui achètent des vêtements bon marché plutôt que les culpabiliser, tout en réclamant des alternatives durables et accessibles pour tous.
La fast fashion à l’échelle mondiale : une mode aux coûts élevés
Au niveau mondial, la fast fashion est un phénomène colossal. L’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde, représentant environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un niveau comparable ou supérieur à celui des transports internationaux.
La production textile massive engendre également des déchets considérables : selon certaines estimations, 92 millions de tonnes de vêtements finissent chaque année en décharge ou incinérés, alors que moins de 1 % des matériaux sont recyclés en de nouveaux vêtements. Ce modèle de consommation rapide signifie souvent que les vêtements sont portés seulement 7 à 10 fois avant d’être jetés.
Au-delà des émissions et des déchets, la fast fashion consomme aussi de vastes quantités de ressources naturelles : la fabrication de coton ou de fibres synthétiques requiert d’énormes volumes d’eau et d’énergie, et les teintures ou traitements chimiques polluent sols et rivières.
Sur le plan social, ce système repose sur des chaînes d’approvisionnement globalisées, souvent basées dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre, ce qui soulève des préoccupations quant aux conditions de travail, aux salaires et aux droits humains dans les pays producteurs.
Conclusion : vers une mode plus durable ?
La fast fashion a démocratisé l’accès à la mode, mais à un coût social et environnemental élevé. En Suisse et en France, la montée de la prise de conscience et des initiatives politiques montre qu’un changement est possible, bien que complexe. À l’échelle mondiale, le défi reste immense : il implique une transformation profonde de la production, de la consommation et des valeurs sociales liées à la mode en passant par la qualité, la durabilité, la seconde main, la réparation et la transparence.

