Auteure : Eléonore Q.
Dans cet article, je vous présente la biographie d’Henri Charrière, dit “Papillon”, telle qu’elle est présentée par Jamy Gourmaud dans son émission YouTube “Epicurieux”. Ce dernier a adapté, pour un public jeunesse, le livre que Papillon a publié plusieurs années après son évasion. Cette histoire a piqué ma curiosité, et j’ai découvert la réalité choquante des prisons françaises de l’époque et du sort réservé aux bagnards (des condamnés au bagne).

Livre “Papillon”, Henri Charrière 1969
Introduction
29 septembre 1933, un bateau de transport accoste sur une île. À son bord, des marins, des gardiens et des prisonniers affectés au bagne. Un homme pas très grand, mais très intelligent, se trouve parmi eux. Son nom ? Henri Charrière, plus connu sous le nom… de Papillon !
Au commencement
Avant, Henri Charrière n’était pas destiné à être un des hôtes de la prison. Né le 16 novembre 1906, son enfance est paisible et chaleureuse. C’est durant cette période qu’il se serait tatoué le torse d’un papillon pour indiquer qu’aucune cage, ni la société (et plus tard, le bagne) ne pourrait jamais l’arrêter. À l’âge adulte, il s’installe à Paris où il exerce une farandole de métiers. Mais un soir de 1931, sa vie bascule. On l’accuse du meurtre d’un haut fonctionnaire, Roland Legrand. Papillon clame son innocence, dénonce de faux aveux, etc. Mais les juges n’en croient pas un mot, il finit par être condamné aux travaux forcés et au bagne à perpétuité, sans appel, sans retour.

Bagne de Cayenne (Blog-histoire.fr)
L’emprisonnement
À cette période, les prisonniers sont envoyés en Guyane française ou en Nouvelle Calédonie pour, ainsi, faire une pierre, deux coups. On s’en débarrasse et on bénéficie de leur force physique pour défricher. Très souvent, peu en reviennent à cause de la chaleur, des maladies, de la violence, du travail acharné, etc. La prison broie les corps et les espoirs. Et dans le jargon des bagnards, on surnomme cet endroit “la guillotine sèche”. Lorsqu’Henri Charrière voit l’île du bagne de Cayenne, la première chose qui le frappe, c’est l’odeur. Une fusion immonde de vase et de rouille. Tout autour, la forêt tropicale dense, impénétrable, se dresse comme une muraille. Arrivés sur place, on donne aux condamnés leur paquetage, contenant leur uniforme. Puis, c’est la première nuit, il faut dormir à même le sol, les pieds entravés. On se réveille à l’aube et on travaille dix à douze heures durant dans des conditions abominables. Au moindre éclat de rire, ou autres mots de travers, les punitions croulent : coups, privation de nourriture, etc. Mais Papillon tient bon. Il surveille tout ce qui se passe dans la prison, chaque geste, chaque faille du système, etc. Il analyse tout.
Enfin, un soir, une occasion se présente…
Première tentative
Quelques semaines après son arrivée, il vole une barque à des gardiens inattentifs. Puis, profitant de la nuit, il s’enfuit et gagne la mer avec deux autres compères. Ils rament doucement ; surtout, il ne faut pas faire de bruit et ne pas attirer l’attention des gardiens. Leur objectif ? Tout faire pour gagner Trinidad, une colonie britannique à mille kilomètres de là, où ils seront hors de portée des autorités françaises.
Pendant plusieurs jours, ils dérivent. Le trio de fuyards n’a ni eau ni provisions. Leur peau est rongée par le sel et couverte de coups de soleil. Malheureusement, au bout de quelques jours, ils finissent par être rattrapés. La punition qui les attend est à la hauteur de leur insolence : deux longues années d’isolement dans une cellule dépourvue de lumière. Lorsque Papillon en sort enfin, il est amaigri, les yeux creusés de fatigue. Mais il n’a pas renoncé à son rêve de liberté.

Île du Diable et les autres îles du Salut, Guyane Française (liberation.fr)
Destination : l’Île du Diable
D’autres essais suivent, mais il échoue à chaque fois. En 1941, l’administration pénitentiaire en a assez et décide de transférer Henri Charrière sur l’Île du Diable. C’est un pénitencier réservé aux prisonniers politiques et aux détenus qui causent trop de soucis, comme Papillon. La prison est particulière car le mur infranchissable, ce ne sont pas des miradors et des barbelés, c’est la mer. Ici, les courants font partis des plus puissants au monde. Beaucoup ont tenté de les braver. Ils ont fini broyés sur les récifs ou dans le ventre des requins, ayant le rôle de chien de garde. Il y a cependant de bonnes nouvelles ; les règles de détention sont moins dures, les détenus ont une chambre individuelle, ils obtiennent suffisamment de nourriture et leur charge de travail est moins lourde. Mais pour notre héros, il en faut plus pour le décourager de se faire à nouveau la belle.
Le plan
Tous les soirs, quand les surveillants sont endormis, le condamné passe par un trou dans sa cellule et descend jusqu’à une petite crique face au large. Là, il regarde la mer, plusieurs mètres dessous, s’écraser sur un rocher. Elle entre, puis fait marche arrière. Henri énumère les vagues : 1…2…3…4…5…6…7 ! Il remarque que la septième est plus grosse et plus forte. Elle hisse tout ce qu’elle touche et le pousse vers le large, suffisamment loin pour ne pas être emporté par les courants. Autrement dit, toutes les sept vagues, il y aurait un passage vers la liberté.
Pendant trois ans, il s’attache à ce fol espoir. Pour l’aider dans cette tâche, il ramasse ici ou là tout ce dont il a besoin pour sa fuite : fils de fer, sacs en toile de jute, etc. Un jour, il trouve des noix de coco échouées sur le rivage. Papillon les dépouille de leur lait, les rebouche et les fait durcir au soleil. Chaque nuit, il en prend une ou deux et va dans sa petite crique. Il les pose sur l’eau et estime le temps de leur flottement avant qu’elles coulent. Ainsi, discrètement, le forçat (un condamné aux travaux forcés) crée un radeau de huit sacs remplis de noix de coco, solidement attachés par des mélanges de fibres végétales et de câbles de métal tressés à la main. Mais le bagnard ne sera pas seul. Il est accompagné par Sylvain, un ancien pirate.
La fuite
L’unique occasion se présente une nuit de 1934 : le vent souffle suffisamment fort, la pluie tombe et le ciel est d’un noir d’encre. C’est maintenant ou jamais, alors Papillon et Sylvain avancent avec leur embarcation de fortune. Enfin, la septième vague arrive, immense. Elle s’écrase sur le rivage et, en se retirant, emporte le radeau loin de l’île du Diable. Les fuyards reprennent espoir, mais ils savent que la route vers la liberté est encore longue.
L’enfer vert
Arrivés sur le continent, un pêcheur les aide à traverser le labyrinthe de la mangrove. Une fois sur la terre ferme, les détenus en fuite tentent de se frayer un chemin dans la jungle en évitant les nombreux dangers : moustiques, fourmis rouges, etc. Objectif : la Guyane Britannique. Ils avancent surtout de nuit et se nourrissent de fruits cueillis au hasard. Mais un jour, Sylvain s’approche imprudemment des marécages et glisse dans des sables mouvants. Hélas, Papillon ne peut rien faire pour aider son compagnon qui se fait engloutir sous ses yeux. Il arrive finalement seul dans un petit village anglais, où il dissimule son identité en changeant son nom : désormais, il s’appelle Antoine Terry.
Il rejoint ensuite le Vénézuéla et s’installe dans la capitale, Caracas, où il refait sa vie. Antoine travaille, ouvre un petit restaurant, se marie et obtient, en 1956, la nationalité vénézuélienne.

Carte de la région (bagnedeguyane.canalblog.com)

Carte de la région (agoraxyz.wordpress.com)
Fin
En 1967, sa peine de prison est finalement prescrite, et Henri décide de se lancer dans l’écriture de son histoire, qu’il envoie à un éditeur avec pour titre “Papillon”. L’ouvrage rencontre un grand succès, traduit dans plus de 21 langues et se vend à plus de 10 millions d’exemplaires. Une adaptation en film est même produite à Hollywood en 1973 !
Malheureusement, Henri Charrière n’assiste pas à la sortie de ce film, car il décède d’un cancer quelques mois avant.

Affiche du film “Papillon”,1973 (filmartgallery.com)
C’était de l’histoire d’une des plus grandes évasions du XXe siècle. J’espère que mon article vous a plu et qu’il vous donne envie d’en savoir davantage sur les aventures d’Henri Charrière.
A bientôt pour d’autres évasions !
