Auteure : Natalija R.

« La mode passe, le style reste. »
Gabrielle Chanel
Dans cette septième édition de Parlons mode, nous allons parcourir le destin d’une femme qui a tout changé en créant des vêtements faits pour bouger librement. Elle a fait tomber les barrières de la mode pour que le confort devienne enfin la base du chic. Plongez dans l’univers de Chanel.
Son enfance :
On peut dire que Gabrielle Chanel n’a pas vécu une vie facile. À seulement 12 ans, sa mère meurt et son père l’abandonne dans un orphelinat avec ses sœurs. Elle ne le sait pas encore, mais à ce moment-là, ses premiers croquis se dessinent en elle, en voyant les robes des religieuses.
À 20 ans, elle trouve du travail : la journée, elle coud, et le soir, elle part chanter dans des cafés la même chanson : Qui qu’a vu Coco ? Elle y gagne son surnom : Coco.
Pendant ces soirées, elle rencontre Étienne Balsan et deviendra sa maîtresse. Il l’emmène vivre dans son domaine et l’intègre dans la haute société. Mais Gabrielle s’ennuie à mourir. Pour s’occuper, elle commence à créer des chapeaux pour les femmes du cercle de son amant.
Ces premières créations :

Là où, à l’époque, les chapeaux sont pleins de décorations, fleurs, plumes, nœuds, etc., Coco fait tout l’inverse. Elle enlève tous ces artifices pour garder simplement la structure du chapeau et une plume. Résultat : les femmes adorent.
Dès 1910, Étienne Balsan lui prête son logement secondaire à Paris pour lui permettre de vendre ses créations. Mais le tournant arrive lorsqu’elle rencontre l’amour de sa vie : Boy Capel. C’est le premier à financer sa première boutique appelée « Chanel Modes ».
En 1912, alors que les femmes doivent encore porter des robes et des corsets serrant leur taille au maximum, elle ouvre une autre boutique pour y vendre sa première ligne de vêtements en jersey. Comme elle l’a dit : « Le luxe doit être confortable, sinon ce n’est pas du luxe. »
En 1914, lorsque la guerre éclate, Chanel trouve l’idée d’aider les femmes. Elle leur invente des vêtements simples et pratiques.
Les pas de la réussite :
C’est un an après qu’elle ouvre sa première maison de couture à Biarritz. Cet endroit lui convient parce qu’en pleine guerre, la ville est à la fois loin du front et proche de l’Espagne, qui est un pays neutre, donc une ville sûre. Elle emploie 300 ouvrières et signe sa première collection de haute couture.
En 1918, elle ouvre la première boutique moderne en achetant un immeuble. L’organisation est bien pensée : la boutique au rez-de-chaussée, les salons d’essayage au premier étage, son appartement privé au deuxième et les ateliers tout en haut pour avoir le plus de lumière naturelle.
Le parfum :
Chanel est maintenant partout… ou presque. Le milieu de la parfumerie était encore largement tenu par les hommes, mais Coco voulait le dominer. Son but : créer un parfum de femme à odeur de femme. Elle fait appel à Ernest Beaux, ancien parfumeur à la cour des tsars. Parmi les échantillons proposés, elle choisit le cinquième.
Le nom est trouvé : le numéro 5. Et le bouchon, lui, est taillé en forme de diamant, rappelant la géométrie de la place Vendôme.

Son plus grand cauchemar :
En 1924, elle va s’associer aux frères Wertheimer pour fonder la société de parfums Chanel. L’objectif est d’industrialiser le numéro 5 et de lancer une première ligne de maquillage et de soins.
Mais ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que les Wertheimer prendraient 70 % des parts pour le financement, qu’un autre partenaire, le fondateur des Galeries Lafayette, en prendrait 20 %, et qu’il ne lui resterait plus que 10 %.
Elle passera les 30 prochaines années à tenter par tous les moyens de récupérer ces parts.
Son départ :
En 1939, elle décide de fermer sa maison de couture, estimant que la mode n’a pas de place dans un monde de guerre. Sur ses cinq boutiques, une seule restera ouverte pour vendre des accessoires et des parfums.
Même si sa marque de couture ne travaille plus, le numéro 5 continue de faire fureur. On voit même qu’une file d’attente s’est installée devant sa boutique, composée de soldats américains cherchant tous à ramener un flacon à leurs épouses.
Revenue à Paris puis repartie en Suisse à nouveau, elle découvre qu’une nouvelle marque fait son apparition : Christian Dior. Et elle déteste !
Cela fait trente ans qu’elle se bat pour rendre la mode plus confortable et le voici qui crée des tailles de guêpe, rien de confortable.
Pour elle, c’est comme un retour à la case départ, mais cette fois, elle ne le permettra pas.
Son retour :
Chanel couture est devenue fragile, mais une chose qui n’a jamais changé est la société des parfums. Les frères Wertheimer acceptent de financer l’entièreté de son retour, les loyers des locaux, les salaires et son logement, mais en échange, ils récupèrent l’intégralité de la maison de couture, en plus des parfums qu’ils avaient déjà.
Cette union a permis encore aujourd’hui à Coco Chanel de rester l’une des seules marques de luxe qui n’a pas été rachetée par un grand groupe, mais qui est restée dans la famille Wertheimer.
Elle marque son retour et décide de créer un défilé le 5 février 1954. Toute la presse est là et Coco regarde attentivement ses créations défiler du haut de son escalier, comme à chaque fois.

Mais le résultat n’est pas celui qu’elle attendait : on se moque de son âge et on critique ses modèles, considérés comme des fantômes des années 30. Mais aux États-Unis, un magazine déclare : « À 71 ans, Gabrielle Chanel apporte mieux qu’une mode, une révolution ! »
La naissance du Chanel que nous connaissons aujourd’hui :
C’est pendant son retour que naissent les incontournables de Chanel.
Le 2.55:

« Fatiguée de tenir mes sacs à la main et de les perdre, j’y passai une lanière et les portai en bandoulière. »
Gabrielle Chanel
En février 1955, elle crée le 2.55. Le nom vient du 2 pour le mois, février, et du 55 pour l’année. Il a été conçu pour libérer les mains de la femme.
Le tailleur :

En 1956, elle met en place l’iconique tailleur : une veste droite et souple avec une fine chaînette cousue dans la doublure de soie pour assurer un tombé parfait, des poches plaquées et des boutons bijoux. La jupe s’arrête au genou pour offrir une liberté de mouvement.
Le soulier Bicolore :

En 1957, elle crée le soulier bicolore. Beige pour allonger la jambe, noir pour raccourcir le pied. Le talon fait 5 cm, confortable pour marcher, mais reste très élégant.
Le 10 janvier 1971, Gabrielle meurt au Ritz, le seul jour où elle ne travaillait pas. Elle dessina sa propre tombe et dit :
« Sans pierre au-dessus de moi, je vais pouvoir sortir si j’en ai envie pour aller au paradis, habiller les anges. »
Karl Lagerfeld :
Après sa mort, la maison peine à continuer. Plusieurs créateurs s’enchaînent, mais aucun ne représente Chanel comme il le devrait. Les frères Wertheimer ont trouvé une personne habillée de noir et blanc, dans le même esprit que Chanel : Karl Lagerfeld.
Lorsqu’il en parle à son entourage, tout le monde le supplie de ne pas le faire. Il jouit déjà d’une belle réputation chez Chloé et Fendi, et une marque à l’abandon ne lui apportera rien.
Mais Karl aime les défis et il y restera jusqu’à sa mort.
Conclusion :
En conclusion, Chanel n’a pas seulement créé des vêtements, elle a inventé la femme moderne. En transformant ses propres besoins en standards mondiaux, Gabrielle a prouvé que le vrai luxe, c’est la liberté. Un siècle plus tard, l’allure Chanel reste le symbole ultime d’une élégance qui ne s’excuse jamais d’être confortable.
