Auteure : Natalija R.

Dans ce nouvel article de la série Parlons mode, nous allons parcourir l’histoire d’une maison visionnaire qui a transformé la mode en un laboratoire d’idées audacieuses.

En bousculant les codes du luxe avec son célèbre nylon et ses coupes intellectuelles, elle a prouvé que l’élégance réside d’abord dans l’intelligence du style. Plongez dans l’univers de Prada.

 

Appartenant à une famille d’artisans, Mario Prada construit une passion pour le cuir. Dans les années 1870, il décide de consacrer sa vie à ce matériau et devient vendeur dans un magasin local de cuir. Il apprend auprès des meilleurs artisans de Milan, perfectionnant son savoir-faire.

Il va vite se créer une réputation dans la ville grâce à ses compétences et, en 1913, Mario et son frère Martino ouvrent Fratelli Prada. Après plusieurs années de travail, ils s’installent dans la galerie Vittorio Emanuele II, une des plus grandes galeries de luxe au monde.

La qualité est telle qu’en 1919, Prada devient le fournisseur officiel de la Maison royale d’Italie. La marque est alors autorisée à poser le sceau royal sur ses produits. C’est de là que vient le logo actuel : les armoiries de la maison de Savoie et la corde nouée.

Petite ironie de l’histoire : Mario Prada était profondément misogyne. Il pensait que les femmes n’avaient rien à faire dans le business. Mais, son fils ne s’intéressant pas à l’affaire, c’est sa fille Luisa qui reprend les rênes pendant 20 ans, avant de passer le relais en 1970 à sa propre fille : Maria Bianchi.

Miuccia n’était pas du tout destinée à la mode. Elle est docteure en sciences politiques, ancienne militante au Parti communiste italien et féministe convaincue.

En 1977, elle fait la rencontre qui va changer sa vie : Patrizio Bertelli. Lui possède déjà une usine de cuir. Ils finiront par se marier, formant l’un des duos les plus puissants de l’industrie.

Maria Bianchi voulant elle aussi se faire appeler Prada, décide de demander à l’une de ses tantes non mariées de l’adopter et de l’appeler Miuccia, donc par son surnom.

 

En 1979, Miuccia fait un choix qui choque le monde du luxe : elle utilise du nylon. Pas n’importe lequel, le « Pocone », un nylon robuste utilisé pour les tentes militaires et certains vêtements. Elle crée le sac à dos Prada avec le triangle en métal inversé.

C’est un séisme, car le luxe, à l’époque, c’est le cuir, l’or, l’ostentatoire. Miuccia introduit l’idée que le luxe peut être fonctionnel et discret. Le sac devient un succès mondial immédiat.

 

En 1988, Prada lance son prêt-à-porter. Miuccia déteste les tendances. Elle veut habiller la femme pour elle-même, pas pour le regard des hommes. Elle invente le concept du « Ugly Chic » : le chic moche. Elle utilise des couleurs terreuses, des motifs de tapisserie des années 70 jugés ringards et des coupes étranges.

Sa philosophie ? « Le moche est attirant, le moche est excitant. »

Elle remet en question les standards de beauté traditionnels. Une vision de la femme plus intellectuelle que simplement belle. Prada devient la marque des gens qui « savent », une élite intellectuelle qui n’a pas besoin de logos clinquants.

Mais pour laisser sa créativité parler, en 1983, elle crée Miu Miu. Pour en savoir plus, je vous laisse aller voir l’article Parlons mode #12 sur la marque.

 

Au milieu des années 90, Neil Barrett, alors designer chez Gucci, propose à Prada de gérer une ligne homme chez Prada. Ils acceptent et le créateur devient le responsable de la création et du développement des pièces masculines de la gamme Prada.

En parallèle, Neil Barrett souhaite fusionner le monde de la mode et du luxe avec celui du sport. C’est ainsi qu’il développe la gamme Prada Sport, reconnaissable entre mille avec sa bande rouge qui devient la signature de la marque.

À la fin des années 90, Prada connaît un succès grandissant et devient une marque présente dans tous les domaines. Mais, en 1999, Barrett décide de partir pour créer sa marque.

 

Comment ne pas mentionner l’impact culturel ? Le titre n’est pas un hasard. Le diable est représenté par Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue, et Prada, car c’est sa marque préférée. Le film représente bien l’aura de la marque et devient un vrai classique du cinéma, tout en propulsant la marque lorsqu’elle était en baisse.

Sous la direction de Miuccia Prada et Raf Simons, la maison Prada fait sensation en explorant l’art de la métamorphose à travers des défilés conceptuels basés sur des superpositions radicales et un mélange d’archives et de sportswear.

L’histoire de Prada nous apprend que la plus grande force dans la mode, ce n’est pas de suivre le mouvement, c’est d’avoir le courage d’être soi-même, même si c’est « moche » au début. Miuccia Prada n’a jamais cherché à être aimée, elle a cherché à être comprise. Et c’est peut-être ça, le vrai luxe.